VOS TEXTES

TEXTE de Anne-Marie

Moments


Moments d'innocence...
Comme mon sourire éclatant de blanc
Un visage noirci à l'huile de vidange
Mon frère, fier de son œuvre
il a deux ans, moi j'ai un an.
Moments d'insouciance...
Une enfance qui danse
un orgue de barbarie qui s’épuise
Face à moi la montagne de kerata
avec ses singes qui hurlent et grimacent
Au rythme de mes balancements
Un espace d'évasion pour adoucir
le déracinement à venir....
tout devient alors étroit, terreux, enfermant.
Un dédale d'inhibitions...
Et dans ce cahot, mon premier baiser
Un délicieux vertige que je recherche
à chaque nouvel embrassement.
Une porte qui s'ouvre vers la légèreté
Si difficile à franchir.
Longtemps j'ai marche pieds nus
à côté de mes godasses.
Souvent j'ai semé des cailloux
pour retrouver ma route mais en vain,
une main géante posée sur ma tête
Appuie, me tasse, m'enterre.
J'ai vécue entre parenthèses
A subir la débâcle de ma vie
Et puis j'ai fui ; j'ai couru, couru, couru
Pour rattraper le temps perdu
Aujourd'hui j'ai de l'amour qui déborde
Je virevolte  le tango m'accompagne.

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TEXTE de Rachel E.


Mots posés suite à mes ressentis : épais, serré, souvenir, apparence, seins, jolie, regards, robe blanche, dentelle, volume, invisible, gênant 
Mot du début : L'expression
Mot de fin : réel


L'expression de la féminité passe-t-elle par des seins opulents ? Longtemps je l'ai cru...
Ces seins aux volumes généreux dès l'adolescence, dressés fièrement sur mon buste bien droit, j'étais loin d'imaginer que je les perdrais après la plus belle chose qu'il me fut donné de vivre : Nourrir mon bébé du précieux lait nourricier. Sentiment incroyable, bonheur inouï de donner le sein après avoir porté et donné la vie en son ventre... fusions intimes, instants magiques et puissants gravés pour toujours...
Tant de souvenirs jaillissent avec cet épais soutien-gorge déniché au fond du tiroir ! Il me parle de ce corps, pourtant mien, que je ne reconnais plus dans le miroir maintenant qu'ils n'étaient plus là. De couleur chair, taille 85 B, push-up rembourré jusqu'au C, peut-être même D, invisible sous cette magnifique robe en dentelle blanche. Il donnait l'illusion de mes anciens seins volumineux.
C'était une apparence pour me trouver jolie et attirer les regards, comme autrefois...
Ce sous-vêtement délaissé me rappelle aussi Gildas. Il m'aimait telle que j'étais et adorait mes jolis petits seins. Il m'avait convaincue qu'une fine dentelle les rendaient bien plus irrésistibles que ces affreux rembourrages. Il fut alors facile de quitter cette mince étoffe pour porter des tenues au décolleté plongeant, sans dessous. Et découvrir les plaisirs d'une nouvelle et extrême sensualité...
Tant de chemin parcouru pour aimer mon corps transformé !
Ma féminité retrouvée, ce soutien-gorge serré et gênant est resté au fond d'un tiroir pour laisser place à la beauté du réel...

 

TEXTE de Anne Marie

 

Robe légère...

Un escargot traverse le bitume

La pluie continue, facilite sa fuite. 

Entre mes doigts  du rose

J'ai du t'aimer insouciante et docile

J'ai du aimer la sensation de fraîcheur,

De légèreté, cette envie de séduire

Dont tu m'as habillée

J'ai du aimer sentir les regards admiratifs

Poses sur moi en toi.

Mais dans ce tourbillon 

La pluie n'a cessé de tourmenter ma vie.

L'orage était dans la douceur Pastel 

L' orage était dans l’ampleur  volantee

Mes envies et mes rêves dissimulées 

L'orage était dans le tissu 

Qui t'a façonnée - du lin pour le haut

Le bas soyeux, vaporeux.

Tiraillée entre silence et volcan

 entre survivre et vivre intensément

J'ai laissé ma colère éclatée

Aujourd'hui je danse

L'escargot a enfin atteint son but

Et moi je caracole sur mon chemin  

TEXTE de Sylvie


« Rencontre avec une jupe »

Mots évoqués par le vêtement : évidence, beauté, justesse, apothéose, réconciliée, accord, puissance, bien être, apaisement, originalité

Mots pris au hasard : 1er : dominée ; dernier : tête

Dominée par la peur de ne pas être aimée,
Angoissée par celle de ne pas attirer,
Beaux tissus et prêt à porter,
Longtemps j’ai gardé éloignés.

Parce que le temps passe,
Certaines illusions trépassent,
Parce que le temps file,
Certains rêves se défilent.

Tu n’es pas un vêtement que j’ai beaucoup porté,
Et que j’aurais ensuite délaissé.
Tu es une pièce que j’ai achetée,
Mais très longtemps gardé pliée.

Quand je t’ai vu, je t’ai tout de suite aimé,
Comme quand on sent qu’on se reconnait.
Ethnique, vert-bleutée, ceinture en crochet,
J’aimais aussi des petits éléphants brodés.

Comme je me disais, quand je serai grande je serai une fée,
Quand je t’ai vu, je me suis dit, avec toi, je serai beauté.
Avec un haut noir, l’accord serait parfait,
Et me permettrait d’allier, justesse et originalité.

Pourtant longtemps, je t’ai boudée,
Obsédée par cette partie du corps qu’on appelle mollet.
Un travail fait au millimètre carré,
Avec ce malaimé m’a permis de me réconcilier.

Parce que le temps passe,
Certains miracles se passent,
Parce que le temps file,
J’ai pu enfin me découvrir de ce fil.

Le temps passé m’a donc permis de m’apaiser,
Et avec toi de finalement bien m’accorder,
La première fois que je t’ai portée,
Trac et fébrilité j’ai dû chasser.

Je me rappelle avoir douté,
Avant que bien être et puissance me soient révélées,
Evidence j’ai envie de crier,
Si je pouvais, apothéose j’oserais.

Quelle serait ici la moralité,
Mon but étant d’atteindre la vérité,
Pour de ce complexe triompher,
Et dans ce vêtement me révéler…

J’ai fini par aimer mes mollets,
Mais par la tête, j’ai dû passer.
Ce n’est pas pour finir par une pirouette,
Mais je voudrais ici dire merci à ma tête.
                   

TEXTE de Annie

-- Arrêtez, arrêtez vous ! regardez, là, dans la vitrine, elle est là, joliment exposée, magnifique.
Alors je l'ai achetée, il y a bien longtemps. Depuis, elle est toujours là, je ne la mets jamais, je n'ose pas, mais je la regarde de temps en temps, je tourne autour comme un enfant devant un fruit défendu. Parfois je suis tentée, j'avance vers elle, mais je recule et l'abandonne.
Aujourd'hui je l'ai sortie, je la contemple encore dans sa solitude, inerte, décharnée, désincarnée.
Je vais la mettre. D'abord je n'ose pas me regarder ; elle est si belle, si élégante…mais très vite je vois une autre femme et une grande émotion m'envahit, les larmes affleurent : le temps s'est envolé, je la vois Elle, ma mère, avec toute sa féminité pleine de douceur dans cette même robe des années 50. Elle est grande, jeune, mince ; elle lui va si bien, elle magnifie son corps de femme, de mère...Encore un regard et elle est alors avec moi, en moi, elle que j'ai perdue si jeune. Vite je repose cette robe envoutante et je m' éloigne de ce fantôme qui m'attire, je ne peux pas lui laisser effleurer ma peau. je dois renoncer encore à cette robe magique et aller vers une autre élévation...